On a testé le MAUSA (Musée des Arts Urbains et du Street Art) à Toulouse-le-Château (39)
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  • Description
  • Lieu & Horaires
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  • Ouvrir un musée d’art urbain en pleine campagne, c’est le pari un peu loufoque qu’a tenté de relever le Mausa. Installé dans une ancienne forge au cœur du Jura, le lieu réussit à faire entrer le street art dans un musée sans lui faire perdre son identité. Tour d’horizon d’un futur musée de France.


    Ce qu’il faut savoir

    S’exprimer en esquissant un croquis ou une représentation sur un mur à la vue de tous. L’action fait souvent sourire, et reste associé dans nos esprits à de jeunes graffeurs en quête de reconnaissance, même éphémère.

    Pourtant, des graffiti sont présents sur des maisons privées dès l’Antiquité. A Pompéi, ils y sont particulièrement bien conservés et encore visibles.

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    Au Moyen-Age, en Italie du Nord, on utilise le graffiti humoristique pour annoncer aux passants le verdict d’une condamnation du tribunal. Le coupable pendu sur la place publique ne manquera pas de spectateurs grâce à ces annonces officieuses. 

    Mais c’est dans les années 50 que l’art urbain, aussi appelé street art, se structure. Un petit groupe d’artistes américains décide de se réapproprier la ville et l’espace urbain. Le mouvement trouve rapidement un écho en Europe, et notamment en France, où Mai 68 a ouvert une brèche contestataire largement exprimée dans les arts.

    Les premiers graffiti se voient vite rejoint par des affiches, des pochoirs et des tags dessinés dans des friches ou des sites à l’abandon.

    Dans les années 1990, le style plait, et la notion artistique s’impose. Les créations sortent des banlieues et des friches pour coloniser la ville, avec ses rues, son environnement (train) et ses constructions humaines (pont).

    Les œuvres, initialement temporaires et illégales, sont adulées et protégées par la scène artistique. Dans les années 2000, certains graffeurs, comme Banksy, sont reconnus et élevés au rang d’artistes. La demande est grandissante, chacun souhaitant son petit tag sur le mur de sa maison. Dans les années 2010, le steet art entre au musée, un comble pour un art populaire, illégal et éphémère.

    Il existe deux excellentes vidéos sur le sujet, qui développent plus en détail l’histoire et le concept de l’art urbain.

    Aujourd’hui, le street art se trouve en porte-à-faux entre ses convictions et la rentabilité. De plus, son statut juridique reste problématique, car il y a opposition entre le droit à la propriété, qui est violé, et celui du droit d’auteur du Code de la propriété, qui est violé quand une création est effacée ou prise en photo. Cette absence de statut offre à la SNCF et la RATP l’opportunité d’intenter de nombreux procès aux graffeurs. En savoir plus

    L’attrait du public pour l’art urbain a permis l’ouverture de quatre musée en France en l’espace d’un an : celui de l’Ecole 42 à Paris, la Popearterie à Strasbourg, Ono’u à Tahiti et le Mausa dans le Jura.

    Ce dernier est la seule de ces institutions à remplir les missions d’un musée de France, grâce à un équilibre entre valorisation et conservation de l’art urbain.


    Préparer sa visite

    Le Mausa, installé dans l’ancienne forge, est quelque peu perdu, et il vous faudra une voiture pour y arriver. Le musée s’est installé à 45min de Dijon et à 35min de Dole, qui est également la gare la plus proche. La signalétique est succincte, mais efficace : Forges de Baudin ou MAUSA.

    Le parking n’est pas encore aménagé et « un peu » éloigné de l’entrée. Mais pour respecter la tranquillité des riverains, il est demandé au visiteur de ne pas se garer aux abords directs du musée.

    Il n’y a pas de restaurant ni de commerce à proximité de Toulouse-la-Chapelle, mais le Mausa propose un petit snack, permettant de déjeuner dans le parc. Le lieu est en travaux, et connaîtra de nombreux changements d’ici à l’année prochaine.


    La visite

    Depuis la rue, il est difficile de croire que le lieu abrite un musée. Le corps de bâtiment est délabré et le lieu semble à l’abandon. A l’intérieur, l’impression d’être dans un squat est tout aussi grande. Le clocher de l’église est couché à l’horizontal, des bombes de peinture ont été laissées sur un bidon et des figures plus ou moins inquiétantes nous contemplent. L’environnement initial du street art est respecté.

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    Côté projets, le Mausa innove très largement. Pour coller avec l’histoire et les concepts du street art, le musée regorge d’innitiative: un hôtel où chaque chambre serait décorée par un artiste, des bARTbecues, des performances, et des œuvres qui seraient régulièrement renouvelées pour rappeler le principe d’art éphémère.

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    Les bâtiments seront laissés en état, pour conserver ce côté friche.

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    Le musée se compose d’un parc, et d’un intérieur, consacré en partie aux expositions. Lors de notre visite, les œuvres présentées étaient celle de Mr Chat et de Jérôme Mesnager, dont les figures blanches sur fond noir sont immédiatement reconnaissables. Le Mausa ne fait pas dans l’excès d’informations, il laisse le visiteur être saisi par les œuvres, et se faire sa propre interprétation. Les cartels sont succincts, rapides et efficaces comme un tag nocturne le long d’une voie ferrée.

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    Le musée a également pour projet de relancer la performance, technique emblématique de l’art contemporain, dont l’art urbain a su s’inspirer. Le concept a été testé lors des journées du Patrimoine, pendant lesquelles Jérôme Mesnager est venu esquissé ses hommes blancs pour compléter l’exposition. Le lieu peut également s’enorgueillir d’accueillir des œuvres de Banksy et de JR. Du beau monde dans le Jura, et un musée qui remplit sa mission en s’affranchissant des impératifs de l’Institution : la conservation. Un musée qui sera a n’en pas douté bientôt labellisé musée de France.

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    L’article du jour a été réalisé dans le cadre d’un tournage avec France 3 Bourgogne. (des sous-titres seront ajoutées dans les prochains jours)


    Beaux-Arts N° 371 mai 2015

    Atlas du Street Art et du graffiti, Flammarion, mars 2013

  • Horaires

    Du lundi au vendredi de 13h à 18h

    Samedi et dimanche de 11h à 19h

  • Accès parc : 2 euros (gratuit pour les – 10 ans)

    Accès parc + intérieur : 10 euros (plein tarif), 8 euros (tarif réduit), gratuit pour les – 10 ans

    Visite guidée comprise (départ toutes les heures)